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Quel avenir pour l’ADN international de Montréal ?

En raison de sa position géographique comme porte d’entrée de l’Amérique du Nord, Montréal a historiquement été une ville à fort caractère international, ce qui a façonné tant son développement économique que son tissu social.

Dans l’histoire contemporaine, l’Exposition universelle de 1967 ainsi que les Jeux Olympiques de 1976 auront non seulement contribué au rayonnement international de Montréal mais aussi été des jalons dans le développement économique et social de la ville, et même du Québec et du Canada.

Aujourd’hui, les liens internationaux de Montréal font partie de l’ADN de la ville et la qualité de vie des citoyen.ne.s est de plus en plus tributaire de ce qui se passe dans le monde – de la prospérité économique aux aléas climatiques.

En matière économique, pour ne citer qu’un seul chiffre, 18% du PIB du Grand Montréal est lié aux exportations. De même, de nombreux emplois dépendent de l’investissement étranger. Il va sans dire que les changements à l’ordre économique international, à commencer par la guerre tarifaire lancée par les États-Unis, sont susceptibles de générer un impact majeur chez nous.

Le choix d’agir

Dans un tel contexte, nous avons le choix de subir passivement ce qui se passe ou d’agir là où nous pouvons avoir un impact. La Ville de Montréal et de nombreux acteurs montréalais ont fait depuis longtemps le choix d’agir. Bien sûr, notre capacité d’influence sur les grands enjeux mondiaux demeure modeste. Mais là où ça compte pour la population de la métropole, il faut se manifester. De plus, il nous faut des stratégies pour s’adapter, se protéger et tirer profit des opportunités.

En matière de changement climatique, par exemple, la Ville de Montréal travaille depuis plusieurs années à mobiliser les villes en vue de réduire les émissions de GES qui nous affectent tous.tes. En matière d’économie, de nombreuses organisations montréalaises s’affairent à innover pour être plus compétitives sur les marchés mondiaux et à attirer les capitaux. Dans les cercles universitaires, scientifiques et des affaires, on tente de recruter des talents au niveau mondial – et la compétition est forte !

Les acteurs montréalais qui travaillent à développer ces connexions internationales sont nombreux et on en retrouve dans tous les milieux. En fait, nous avons développé au fil des ans un écosystème dynamique. Dans le milieu économique, outre de très nombreuses entreprises, on compte sur l’action d’organismes tels la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Montréal International et Tourisme Montréal, pour ne nommer que ceux-là.

Dans le milieu culturel, du Festival international de Jazz à Osheaga, en passant par nos orchestres de renommée mondiale et le Conseil des arts de Montréal, on mise à fond de train sur les liens internationaux pour une riche offre culturelle aux Montréalais.e.s ce qui, de plus, nous permet de rayonner et apporte des retombées significatives. De grands événements sportifs comme le Grand Prix de Formule 1 ainsi que l’Omnium de tennis Banque Nationale sont des rendez-vous annuels qui font la marque de Montréal. Grâce au Palais des Congrès, Montréal se classe au premier rang des villes d’Amérique pour la tenue de réunions internationales.

De nombreux intervenants montréalais agissent de leur propre initiative pour développer des liens internationaux dans la poursuite de leurs objectifs. Mais il y a également un rôle à jouer pour la Ville de Montréal, un rôle de catalyseur, d’image de marque et de synergie à tous ces efforts. Qui plus est, la Ville, en la personne de son maire ou sa mairesse et de ses élu.e.s, peut jouer un rôle de leadership politique.

C’est ainsi que la Ville a effectué des missions à l’étranger ces dernières années, souvent sous un format que l’on pourrait appeler ‘’Équipe Montréal’’.

Qui plus est, de nombreux acteurs mondiaux ont fait le choix de s’établir ici. On pense évidemment aux entreprises étrangères, qui contribuent à l’essor économique de la métropole. Et aussi à plus d’une soixantaine d’organisations internationales qui œuvrent dans des secteurs allant de l’aéronautique au développement durable en passant par la francophonie. Ajoutons à cela une très forte présence diplomatique. Outre une soixantaine de consulats, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) occupe une place de choix et le tout fait de Montréal la deuxième ville en Amérique du Nord pour le nombre de délégations diplomatiques.

Tout ceci n’est pas un hasard, mais résulte d’un environnement favorable que nous avons su créer par des politiques volontaristes au fil des ans.

Mitiger les risques, saisir les opportunités

Mais il ne faut rien tenir pour acquis et surtout ne pas miser sur le statu quo. Le monde est en bouleversement. D’une part, il faut savoir se protéger et s’adapter; pensons notamment aux aléas économiques ainsi qu’aux changements climatiques. Il faut composer de façon utile face aux phénomènes mondiaux, comme la migration. D’autre part, et surtout, il faut faire preuve d’initiative pour tirer profit des opportunités dans un monde extrêmement compétitif.

C’est ainsi que la dimension internationale doit faire partie intégrante du rôle de la mairie et des élue.e.s.

Certains auront beau argumenter que ces derniers auraient plutôt avantage à s’occuper des tâches traditionnelles, telles que la collecte des ordures et le déneigement. Mais en fait, même en ce qui touche les enjeux urbains qui ont un impact immédiat sur les conditions de vie de la population, comme la mobilité durable ou la ville intelligente, Montréal peut s’inspirer des expériences d’autres villes. Pensons entre autres au concept des parcs éponges. C’est pourquoi Montréal a avantage à faire partie de réseau de grandes villes qui vivent les mêmes défis. Ne soyons pas trop modestes également, Montréal peut également inspirer d’autres villes par ses initiatives.

Comme les enjeux locaux sont souvent reliés à des enjeux globaux (e.g. économie, environnement, migration), point surprenant que les villes occupent une place grandissante au sein de la gouvernance mondiale. Il est ainsi de plus en plus fréquent que celles-ci soient convoquées à des rencontres internationales, incluant au sein de l’ONU. Au cours de la dernière décennie, Montréal a souvent été de la partie, assumant même un rôle de leadership dans certains dossiers, tel en matière de changement climatique, de biodiversité, de vivre-ensemble et de valorisation de la langue française.

En entretenant des liens internationaux et en assumant de façon autonome un rôle sur la scène mondiale, est-ce qu’on ne risque pas ici d’empiéter sur la juridiction des gouvernements du Québec et du Canada ? En fait, l’expérience des dernières années démontre plus souvent qu’autrement un alignement et une synergie utile entre les orientations et actions de Montréal, Québec et Ottawa. Un très bel exemple a été la tenue à Montréal de la COP 15 sur la Biodiversité en décembre 2022. Plus récemment, l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent s’est opposée à la perspective d’une guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada Enfin, soulignons que le gouvernement du Québec encourage l’internationalisation de villes.

Bien sûr, l’activité internationale de la Ville de Montréal ne doit pas être que cela – de l’activité – mais elle doit apporter des résultats utiles. C’est déjà le cas, mais il faut constamment être prêt à se remettre en question pour s’ajuster et saisir les occasions. Qui plus est, pour être utile, l’agenda international doit être ancré dans un cadre plus large pour la vitalité de la métropole et la qualité de vie des Montréalais.e.s.

La joute électorale cet automne sera une bonne occasion pour les candidat.e.s et les partis d’énoncer leur vision pour Montréal ainsi que leur perspective eu égard à la dimension internationale de leur mandat.

Article rédigé par:

Fellow à l’Institut d’études internationales de Montréal
Les opinions et les points de vue émis n’engagent que leurs auteurs et leurs autrices.

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