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Le Canada veut devenir une puissance énergétique

« Le Canada est de retour. » On se souvient de cette formule lancée par Justin Trudeau à la communauté internationale peu après son arrivée au pouvoir en 2015.

Par cette courte phrase, le nouveau premier ministre voulait signaler un retour à la tradition multilatéraliste canadienne, jugée mise à mal sous le précédent gouvernement conservateur, notamment en matière de lutte contre les changements climatiques.

Plus d’une décennie plus tard, il est frappant de constater que le ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a repris essentiellement le même message, mais dans un tout autre contexte.

Le ministre a lancé cette formule lors de la conférence CERAWeek, en mars dernier à Houston. Cette grand-messe annuelle du secteur énergétique, réunissant quelque 10 000 participants provenant de plus de 80 pays, est l’un des principaux lieux de rencontre de l’industrie mondiale.

Un contexte politique et économique nouveau

L’élection de Donald Trump en 2024 et les tensions commerciales qui ont suivi, particulièrement avec le Canada, ont accéléré la réorientation stratégique du gouvernement Carney.

Il a pris acte du fait que notre dépendance économique envers les États-Unis pouvait être utilisée comme un levier politique. Au-delà de la croissance économique, Ottawa présente désormais l’énergie et les mines comme des instruments de sécurité économique et géopolitique.

Tim Hodgson en est devenu le principal porte-parole : l’objectif est désormais de faire du Canada une puissance énergétique à part entière. Et de passer de la parole à l’action. « Le Canada ne sera plus défini par ses retards, mais par son exécution », dit le ministre. « Il ne suffit pas de posséder des ressources. Il faut les mettre en valeur et en tirer parti pour offrir la sécurité, la prospérité et des possibilités à la population canadienne et au monde entier ».

Ottawa mise sur des partenariats autochtones devenus essentiels à l’acceptabilité sociale et au financement des grands projets.

Un virage stratégique

L’objectif est de bâtir une puissance dans les énergies à la fois conventionnelle et décarbonée : énergies renouvelables — hydroélectricité, éolien, géothermie, nucléaire, solaire, stockage — mais aussi pétrole et gaz naturel.

Après tout, rappelle le ministre, le pays est le quatrième producteur mondial de pétrole, le cinquième de gaz naturel, en plus d’être un acteur majeur de la production d’électricité, notamment hydroélectrique et nucléaire.

Le virage est particulièrement notable du côté des énergies fossiles. Sous l’ère Trudeau, Ottawa cherchait surtout à limiter la croissance des émissions de gaz à effet de serre (GES) associées au secteur pétrolier et gazier, responsable de plus du tiers des émissions canadiennes. Plusieurs réglementations avaient alors été élaborées, notamment sur le plafond des émissions du secteur.

Or, cette approche n’a jamais trouvé écho en Alberta. Bien au contraire. Même si Ottawa insistait sur le fait qu’il fallait plafonner les émissions de GES et non la production elle-même, l’industrie percevait cette politique publique comme une contrainte directe à sa capacité de croissance, et donc à ses revenus futurs.

Ottawa cherche maintenant à remplacer une relation conflictuelle avec l’industrie fossile par une approche davantage axée sur la collaboration. L’intention est de réduire la dépendance de cette industrie envers le marché américain en diversifiant les voies d’exportation.

L’entente conclue entre Ottawa et l’Alberta en novembre 2025 ouvre la porte à de nouvelles infrastructures d’exportation pétrolière, donc à des pipelines acheminant le pétrole albertain vers des voies maritimes, notamment au profit de l’Asie.

Le défi est immense. Autrement dit, le Canada veut accomplir en moins de 25 ans ce qu’il lui a fallu plus d’un siècle pour bâtir comme infrastructures de production d’électricité.

La course aux électrons

Un autre chantier structurant à long terme : préparer le système électrique canadien à une hausse importante de la demande.

L’électrification des transports, la croissance industrielle, l’intelligence artificielle et l’essor des centres de données annoncent une augmentation majeure des besoins en électricité.

Une véritable course aux électrons est désormais engagée. Dans plusieurs pays, renforcer le secteur électrique devient un impératif économique autant qu’énergétique. L’électricité est de plus en plus perçue comme une infrastructure stratégique essentielle à la compétitivité et à la sécurité économique.

La Stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée, dévoilée en mai, vise à doubler la production d’électricité d’ici 2050.

Le défi est immense. Autrement dit, le Canada veut accomplir en moins de 25 ans ce qu’il lui a fallu plus d’un siècle pour bâtir comme infrastructures de production d’électricité. Pour y parvenir, Ottawa mise notamment sur le développement d’une chaîne d’approvisionnement électrique nationale, la formation de main-d’œuvre, l’efficacité énergétique et un renforcement des interconnexions entre les réseaux provinciaux. Car le Canada ne possède pas un seul réseau électrique intégré. Il en possède un par province et territoire. Et ceux-ci échangent davantage d’électricité avec les États-Unis dans un axe nord-sud qu’entre eux dans une logique est-ouest.

Une approche différente de celle à Washington

L’approche canadienne contraste avec celle adoptée aux États-Unis sous Donald Trump. Son administration a fait de la « domination énergétique » un pilier de sa politique économique, mais en misant sur les énergies fossiles : charbon, gaz et pétrole. Les États-Unis se positionnent comme un petrostate : l’administration Trump privilégie les hydrocarbures comme moteur de croissance économique, reléguant au second plan plusieurs filières renouvelables.  

Un contraste avec la Chine, de plus en plus reconnue comme un eletrostatec’est-à-dire une économie fondée sur la maîtrise des technologies électriques. La stratégie canadienne cherche à intégrer toutes les formes d’énergie (à l’exception du charbon, dont l’élimination demeure prévue au cours de la prochaine décennie). 

Cette vision plus inclusive plaît à une grande partie des acteurs de l’industrie énergétique canadienne. Elle maintient une présence active dans presque toutes les formes d’énergie, et ouvre la porte à la possibilité de tisser des liens stratégiques hors du giron nord-américain. 

Certes, le soutien renouvelé au pétrole et au gaz suscite des critiques dans les milieux environnementaux. Mais plusieurs acteurs du secteur énergétique apprécient l’arrivée d’un ministre qui affiche ouvertement des ambitions élevées et une volonté d’accélérer les décisions. 

Reste maintenant à voir si cette grande ambition pourra survivre à l’épreuve la plus difficile au Canada : construire rapidement de grandes infrastructures dans un pays où les délais, les divisions régionales et l’acceptabilité sociale ont souvent ralenti, voire paralysé, les ambitions énergétiques. 

 

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Tim Hodgson, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Canada, sera l’invité du Conseil des relations internationales de Montréal le 8 juin.

Article rédigé par:

Fellow et chercheur en énergie au CÉRIUM
Les opinions et les points de vue émis n’engagent que leurs auteurs et leurs autrices.

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