Les Québécois ne sont pas les seuls à être conviés aux urnes cet automne. Le 3 novembre, les Américains se prononceront pour élire leurs 435 représentants fédéraux, le tiers de leurs sénateurs et 36 gouverneurs, en plus de renouveler 88 de leurs 99 législatures d’État.
À peine arrivé au pouvoir, le nouveau gouvernement québécois devra adapter sa politique américaine à la nouvelle carte politique américaine. Peu importe sa couleur partisane, il aura tout intérêt à consolider les liens qu’il entretient au sud de la frontière et à se présenter comme un partenaire de premier plan alors que commenceront à se dessiner plus clairement les contours politiques potentiels de l’après-Trump.
Nord-Est : consolider les acquis
Une clé historique du succès de la paradiplomatie américaine du Québec est la capacité de la province à entretenir des liens avec les administrations en poste dans les capitales des États composant son périmètre stratégique, soit essentiellement les États de la Nouvelle-Angleterre, New York et le Midwest industriel. Le Québec collabore avec ces États au sein de la Conférence des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada, et de la Conférence des gouverneurs et des premiers ministres des Grands Lacs et du Saint-Laurent.
La plupart des États de ces régions éliront leur gouverneur en automne. En Nouvelle-Angleterre, le portrait devrait demeurer sensiblement le même au lendemain du scrutin. Au Vermont et au New Hampshire, les républicains modérés Phil Scott et Kelly Ayotte (des amis du Québec) sont favoris pour obtenir un nouveau mandat de deux ans, tandis que les démocrates au pouvoir au Connecticut, au Massachusetts, au Rhode Island et dans l’État de New York devraient, à moins d’une surprise, obtenir un nouveau mandat.
Le seul changement à prévoir se situe du côté du Maine, où la gouverneure Janet Mills complète le second mandat auquel elle a droit. Les démocrates sont favoris pour conserver le manoir du gouverneur mais, dans cet État dont la partie nord, rurale et conservatrice, a voté trois fois pour Donald Trump, une poussée républicaine n’est pas à exclure.
Quoi qu’il en soit, Québec a intérêt à établir rapidement un contact avec la nouvelle administration à Augusta, question de relancer une relation mise à mal au cours des dernières années par les controverses entourant la construction du New England Clean Energy Connect, cette ligne à haute tension servant à exporter de l’hydroélectricité québécoise vers le Massachusetts en passant par le Pine Tree State. Le Québec et le Maine ont beaucoup d’intérêts communs, notamment autour de l’industrie forestière, de l’énergie, de la protection de l’environnement et du tourisme, en plus de partager plusieurs centaines de kilomètres d’une frontière dont la sécurisation ne doit pas porter préjudice à la vitalité des échanges culturels et économiques.
Midwest : changements en vue
Le Midwest est une région de plus en plus présente sur le radar du Québec, notamment en raison de son potentiel économique. Les gouvernements Couillard et Legault ont d’ailleurs contribué à consolider les liens avec les États de cette région, particulièrement ceux qui entourent les Grands Lacs. Au terme des élections de 2026, plusieurs États auront un nouveau gouverneur. Au Michigan, la gouverneure démocrate Gretchen Whitmer complète son second mandat et ne peut pas se représenter. Dans cet État dont les résultats se sont décidés sur le fil du rasoir lors des trois dernières élections présidentielles, aucun parti ne semble bénéficier d’un avantage décisif à six mois du scrutin.
Comme pour le Maine, Québec aura tout intérêt à tendre rapidement la main à la nouvelle administration qui emménagera à Lansing en janvier 2027. Le Wolverine State est un des principaux partenaires économiques du Québec, avec des échanges bilatéraux d’une valeur de 5 milliards de dollars américains en 2024. Il s’agit d’un État où les politiques protectionnistes de Trump ont trouvé un écho auprès de l’électorat, mais qui a subi de plein fouet les contrecoups des politiques tarifaires de la Maison-Blanche.
Bien que moins stratégique pour le Québec, le Wisconsin voisin devrait également être dans la mire de Québec. Dans cet État où l’industrie laitière occupe une place importante sur les plans économique et culturel, le système canadien de gestion de l’offre sur les produits laitiers est un irritant de longue date. Tant les démocrates que les républicains ont par le passé dénoncé ce système qui serait préjudiciable aux agriculteurs américains. Alors que la National Milk Producers Federation annonçait récemment qu’un accès élargi au marché canadien devait être une priorité de la révision de l’ACÉUM prévue cette année, il sera important pour le Québec de voir si cet enjeu trouvera une place dans la campagne électorale au Wisconsin, à deux ans d’élections générales où le libre-échange pourrait à nouveau être un enjeu et où l’État qu’on surnomme America’s Dairyland jouera vraisemblablement un rôle crucial pour déterminer le prochain locataire de la Maison-Blanche.
À peine arrivé au pouvoir en octobre 2026, le nouveau gouvernement québécois devra adapter sa politique américaine à la nouvelle carte politique aux lendemains des élections de mi-mandat de novembre.
Se positionner pour l’après-Trump
En plus des enjeux clés de sa paradiplomatie, le nouveau gouvernement qui sera élu en octobre 2026 doit mettre en place sa politique américaine en tenant compte de la fin annoncée de l’ère Trump. Non seulement le républicain ne peut-il pas se représenter en 2028, mais de plus, sondages après sondages, la chute de popularité du républicain se confirme. L’aura d’invincibilité dont semblaient jouir Donald Trump et le trumpisme en janvier 2025 semblent aujourd’hui un lointain souvenir.
Les élections de mi-mandat s’annoncent difficiles pour le parti du président, alors que des facteurs historiques (le parti présidentiel contre-performe systématiquement lors des élections de mi-mandat) et conjoncturels pointent vers une possible vague bleue démocrate. La plupart des modèles prédisent une majorité démocrate à la Chambre des représentants, tandis que le Sénat, autrefois considéré comme hors d’atteinte, semble plus que jamais en jeu. À moins d’un revirement majeur, il y a donc fort à parier que Trump entamera les deux dernières années de son mandat dans la position du proverbial canard boiteux.
Certes, en tant que province, le Québec n’est pas confronté aux mêmes enjeux et ne dispose pas des mêmes outils que le Canada dans sa relation avec les États-Unis. Toutefois, on peut espérer que le gouvernement qui s’installera à Québec au terme des élections d’octobre 2026 ne sentira pas le besoin d’accommoder l’irascible et imprévisible républicain et saisira cette occasion de préparer l’ère post-Trump en menant une politique américaine centrée sur les intérêts et les valeurs d’une majorité de Québécois.